Vers une réglementation du vin 'naturel' en France?


Même si la foule les refuse, il y a des choses qui semblent inévitables. Ainsi un encadrement de l'actuel foutoir des vins naturels. Je vous en avais longuement entretenu ici, il y a deux ans, à la suite des démêlés d'un restaurateur avec l'Administration.  "La question que je me pose, écrivais-je à l'époque, c'est de savoir s'il n'est pas s'il n'est pas temps de combler le vide juridique, réglementaire qui les entoure. Dans une affaire comme celle de La Cour de Rémi [le restaurant en question], cela résoudrait le problème, le fonctionnaire aurait de la paperasse à se mettre sous la dent, et n'importe quel restaurateur, bistrotier ou caviste pourrait sur sa carte ou son tarif indiquer le style de vin dont il est question. Au passage, j'ai la faiblesse de penser que le consommateur s'y retrouverait: de la même façon que pour le bio ou la biodynamie, il sait que le label implique une charte et les contrôles afférents, il aurait l'impression qu'on lui donne ainsi une certaine garantie, susceptible de décourager d'éventuels tricheurs".


C'était en 2014, et beaucoup, dans le microcosme naturiste avaient alors poussé des cris d'orfraie, la plupart m'expliquant que leur liberté était bien au-dessus de ça. Blablabla, blablabla.
Les choses donc sont peut-être en train de changer puisque l'INAO (l'Institut National de l'Origine), relayé par l'AFP, envisage "de réglementer la dénomination vins naturels, dont le succès ne se dément pas mais qui ne font pour le moment l'objet que d'une charte d'engagement volontaire". 
Si l'on en croit la dépêche, c'est à la demande des producteurs de vins biologiques que l'établissement public, chargé de certifier l'origine* des produits alimentaires et des vins, vient d'ouvrir cette discussion. Ils estiment en effet que le terme "nature" ou "naturel" est galvaudé", explique Eric Rosaz, responsable du pôle "vins cidres et spiritueux" à l'INAO.
L'Association des vins naturels (AVN), forte d'une cinquantaine d'adhérents qui déclarent respecter son "Engagement vigneron" adopté en 2011, est associée au processus. 


"Le travail sera long et sensible," prédit Eric Rosaz. On veut bien le croire, la plupart des intervenants n'étant, dans ce microcosme extrêmement morcelé, absolument pas d'accord entre eux sur ce que recouvre cette dénomination! "La piste envisagée serait d'autoriser sur l'étiquette la mention "issue d'une vinification naturelle" pour éviter justement les termes "nature" ou "naturel", interdits pour le moment". On parle également d'y indiquer sur l'étiquette la dose de dioxyde de soufre contenue dans la bouteille
Sans vouloir jouer sur les mots, reste à savoir si le terme "issu d'une vinification naturelle" n'est encore plus antinomique (et donc conflictuel) que vin naturel, la vinification étant par essence un processus artificiel, humain. Mais le plus important dans cet affaire, c'est évidemment le cadre réglementaire qui sera fixé, et quels seront, dans l'intérêt du consommateur, les moyens de contrôle mis en place. Car l'essentiel est là, ce qu'on a dans le verre***.



* On notera au passage qu'une partie des vins qui se revendiquent nature ou naturels ne bénéficient pas d'appellations d'origine mais sont présentés en vin de table. Seront-ils concernés par cette éventuelle réglementation?
** L'AVN qui prend ainsi le risque de se couper de certains de ses membres ou supporters fortement opposés à l'idée d'une réglementation.
*** Sur la photo ci-dessus, ce qu'on a dans le verre c'est un excellent vin naturel, celui que Nicolas Carmarans, un des précurseurs du mouvement alors qu'il était bistrotier à Paris, produit chez lui en Aveyron. J'en disais le plus grand bien ici.



Commentaires

  1. "Même si la foule les refuse…" ah, ah, ah, bien dit

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  2. effectivement ce qui manque ce sont les contrôles...de la charte. Le déclaratif c'est bien mais la naïveté a ses limites, même si tout le monde est charmant et honnête dans ce bas monde bien sur...

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  3. Contrôler quoi ? La non-utilisation de levures sélectionnées? d'osmose inverse, d'évaporation sous vide? Mais c'est tout bonnement impossible à posteriori, à moins d'introduire des traceurs chimiques ou biologiques au cours de ces opérations (un comble non?). Même faire la distinction entre sulfites naturellement produits et ajoutés est du ressort de la manip de haut vol actuellement. Analytiquement et avec les moyens actuels rien de rien ne permettrait de déclarer la gamme Naturae de G. Bertrand comme n'état pas naturelle. Et nous voilà avec plus de 5 millions de bouteilles en GD présentant un bulletin d'analyse parfait... Pas simple

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    1. Contrôler quoi? Des centaines de choses.
      Outre les contrôles comptables (un peu légers), on peut analyser les sols, les bois, inspecter la cave et son matériel et bien sûr analyser les vins. Car finalement, n'est-ce pas l'essentiel, ce qui peut (éventuellement) se trouver dans les vins. Rien de mieux pour le consommateur qu'une analyse a posteriori qui ne juge pas des intentions mais de la réalité, qui trouve d'éventuels résidus de pesticides ou de produits dangereux, non?
      J'avais évoqué le sujet ici: http://ideesliquidesetsolides.blogspot.com.es/2015/06/vins-propres-arretons-la-branlette.html

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  4. La définition de "vin naturel" est de toute façon un fantastique casse-tête. Je me souviens de Roland Castanié, du Nabuchodonosor à Toulouse, recadrant deux clients qui venaient de franchir la porte son estaminet. C'était au milieu des années 2000, quand la vague naturiste commença à se développer à Toulouse. Ces deux clients, venus sur les conseils de quelques pionniers du "nature" parmi les cavistes toulousains, demandèrent au taulier ce qu'il avait comme "vins naturels". Ils s'entendirent répondre: "Je n'en ai pas, car je ne sers pas de vinaigre au verre. Le vin, c'est à un moment donné une fermentation qui est artificiellement arrêtée par la main de l'homme. Vous comprenez les amis?" poursuivit alors le patron. Imparable...

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    1. "Le vin, c'est à un moment donné une fermentation qui est artificiellement arrêtée par la main de l'homme. Vous comprenez les amis?"
      Imparable je ne sais pas mais faux c'est sur.
      La transformation de vin en vinaigre n'a rien à voir avec une fermentation...

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    2. Ah, Roland Castanié, ce cher Roland qui m'entraîna dans de folles valses… Sûrement le premier bistrotier qui a fait boire du vin 'naturel' à Toulouse! Et qui en a fait également, tournant le dos à sa formation d'œnologue. Effectivement, je l'ai bien entendu dire la phrase suivante: la finalité naturelle du raisin, ce n'est pas le vin mais le vinaigre". Avec guillemets. Effectivement, les deux processus sont différents, mais nous savons tous à peu près où partent la plupart des fermentations alcooliques non encadrées. C'est tout le problème d'ailleurs du terme "vin naturel", son intense paradoxe. Pour en faire du bon (et Dieu sait s'il y en a du bon!), il faut beaucoup 'd'artificialité', beaucoup de travail humain, d'intentions, de gestes, de technique. Bref, d'une certaine façon, l'exact contraire de la 'naturalité'.

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    3. Je ne sais plus si Roland Castanié avait précisément utilisé le terme "fermentation". C'était peut-être "transformation", ou "dégradation". Mais en tous cas, le sens de sa phrase était que le vin est un moment d'un processus qui, si l'on ne l'arrête pas, finit par ne plus être du vin.

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    4. Moi, je me souviens précisément du terme "finalité".

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