Coquille vide…


Juste un clin d'œil, un clin d'œil à cette AFP du vin qu'est le site Bourgogne Live et à une nouvelle perle dénichée par son co-fondateur François Desperriers. C'est une petite vidéo assez drôle, il y a même du second degré dedans, moi, j'ai tendance à la regarder au troisième degré: on y voit un jeune homme, Richard Hemming, qui "étudie" afin de tenter d'obtenir le Master of Wine, le diplôme mis au point par les vendeurs en gros de pinards et de tord-boyaux londoniens pour pérenniser leur négoce. Une des clés de ce diplôme (qui n'en est en fait pas un au sens universitaire), c'est le par-cœur, la bonne vieille scolastique médiévale, dénuée de tout esprit critique, loin du réel, on ingurgite des textes présumés incontestables et parfois bourrés d'inepties pour les réciter ensuite, parrot-like. Ce jeune homme, donc, se moque gentiment, très gentiment (se moque-t-il en fait?…) de cette façon d'apprendre (heureusement révolue depuis Érasme et la Réforme). Dans une précédente vidéo, il débitait, en jouant du piano, comme une machine, les noms de quelques cépages qu'il est censés connaître (les noms surtout…). Dans son nouvel opus, que nous offre aujourd'hui Bourgogne Live, il s'attaque avec la même profondeur, le même amour du terroir et de l'humain, au Classement de 1855 des Grands Crus Classés du Médoc.


L'unique Master of Wine espagnol*, Carlos Orta (ci-dessus en train de mixer), surnommé le Catalan bourguignon, aime rappeler à ses disciples que la seule façon d'apprendre le vin, c'est "d'aller se bourrer la gueule avec les vignerons". A-t-il vraiment tort? S'instruit-on en recopiant les bêtises des autres et en vivant par procuration? Ce système du Master of Wine (Master of Wanker comme me glissait en riant un des plus grands vignerons australiens…) me semble être d'une prétention sans bornes. À l'opposé, en tout cas, de ce discours récurrent que m'ont toujours tenu mes Maîtres à moi, tel Robert Plageoles, un discours dont l'alpha et l'oméga sont l'humilité, où il est question d'écoute, de sensibilité, d'humanité, à l'opposé d'une scolastique poussiéreuse inspirée par des intérêts commerciaux et un désir non-dissimulé de mondialisation. Cela ne veut évidemment pas dire qu'il n'existe pas chez les MW des gens extraordinaires, des audacieux, de vrais amoureux du vin, tout est possible. Je constate simplement que ce système a montré les limites de sa perfection, de sa magistralité, il y a quelques mois avec la chute de son ange noir, Pancho Campo ex-MW, ce Chilien, qui a passablement écorné l'image de Robert Parker. Pris soudainement de passion pour le vin, en quatre ans, il a réussi on ne sait trop comment à se faire adouber Master of Wine. La suite a pourtant démontré que ce brave homme avait visiblement d'autres passions, autrement sonnantes et trébuchantes. Et fait de son titre prestigieux une coquille vide.



*c'est évidemment de l'humour! Carlos Orta a consacré des années de sa vie au vin et à l'amour du vin mais n'a jamais perdu une seconde à ce genre de trucs. Il n'empêche que plutôt d'ânonner des sornettes, ceux qui veulent "étudier" le vin feraient bien d'aller boire un verre avec lui, dans son bistrot de Gérone (ci-dessous) ou, mieux, à Villa Más, son restaurant de Sant Feliu de Guixols, la plus incroyable carte de bourgognes d'Espagne, la moins chère aussi.


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