Quelques mots à manger qui me réconcilient avec la nature humaine.


Si vous saviez comme il faisait mauvais cet après-midi à Barcelone. Les nuages moites, gorgés d'Afrique, roulaient sur la Méditerranée. Et puis ces détonations, ces rafales, ces explosions. La capitale du pétard sera ce soir la capitale des pétards. On fête Sant Joan, et comme le veut la tradition, les artificiers font feu de tout bois, ça sent la poudre, ça sent l'Espagne.
Fermer les fenêtres, barricader la terrasse, faire confiance aux ventilateurs, celui dont l'œil brillant regarde le lit, l'autre qui gigote autour du bureau. Réécouter pour la centième fois l'indispensable Helena Noguerra. Et avant de partir (ou pas) à la rencontre d'une nuit interlope dédiée au prophète d'avant le Prophète, comme un sacrilège préparatoire, apéritif, mettre la dernière main aux menus. Les menus de cette fête de début juillet dont je vous ai parlé ici, cette fête de gitans et d'étang où nous rêvons de "cuisine de palace en espadrilles".


Il fait mauvais vous dis-je. Les pétards rendent fou, comme un hommage ridicule et lointain à ces immondes coups de feux américains, à cette drogue mortelle de l'arme inutile. Les bébés hurlent, je n'ose songer aux ultimes survivants qui ont connu les bombes italiennes et allemandes sur cette ville meurtrie.
Surgissent des envies idiotes de cogner, de les envoyer sur des champs de bataille, d'apprendre qu'avec le bruit vient le fer. On pense à tout cet argent, à toute cette énergie foutue en l'air pendant que dans la nuit japonaise un homme, un héros tranquille pas un lanceur de pétard, va enfin décoller pour tenter de voler à la force du soleil.
Je ne vous écrirai donc pas pour la Saint-Jean, je ne vous écrirai pas dans cette pauvre, cette médiocre mitraille. Je vous offre donc simplement ces quelques mots à manger* qui me réconcilient avec la nature humaine. Rassérénants. Bonne nuit de la Saint-Jean à tous.


* Pour le "boire", on verra quand les pétards seront calmés…

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