Caramba, encore raté!

Je m’étais promis que sur ce blog, j’essayerais d’éviter, tant que faire se peut, d’évoquer le Jumillagate.  Car, si cette pénible affaire a permis de lever le voile sur certaines pratiques mondovinesques, il est évident que ses miasmes font du tort au vin en général. Pourtant, son exemplarité m’a une nouvelle fois sauté aux yeux, pas plus tard qu’hier soir. Le personnage central de ce scandale, Pancho Campo MW, cet aventurier sud-américain (dont personne ne comptabilise aussi bien les frasques et les “imprécisions” que ce cher Jim Budd) se serait vu nommer finaliste d’un compétition qui vise à choisir “l’homme de l’année” du vin espagnol, prix remis le 25 février prochain. Rien que ça! En lisant son nom, sur le questionnaire expédié via surveymonkey.com, entre ceux du sommelier Josep Roca, du marchand barcelonais Quim Vila et de la vinificatrice Sara Perez (ce qui n'est pas en soi une liste d'une ébouriffante originalité), je me suis même demandé si je n’avais pas affaire à un gag, ou à une manipulation… À la lecture de sa réaction sur Facebook ("no me le puedo creer!"), on comprend bien que l’impétrant lui-même hésite entre joie et stupéfaction.
Je me fiche comme de mon premier tire-bouchon des tenants et aboutissants de cette élection et du brillant parcours qui a conduit le señor Campo à portée de fusil d'un Award dont je me fiche comme ma première fourchette. Le très respecté site verema.com qui était à l’origine de cette initiative digne de l’humour du Manuel, le serveur barcelonais de la série TV anglaise Fawlty Towers a d’ailleurs fini par se rendre compte du ridicule de la situation puisque, peu après que j’ai publié l’information sur Facebook, la page a été supprimée. Pas le tweet en revanche de Jose Contreras, associé fondateur de Verema qui rappelait hier encore qu'il ne restait plus que quelques jours pour voter…
Non, l'important est ailleurs, me semble-t-il, dans cette anecdote. L'important est peut-être de se demander comment une entité comme Verema dont on vous explique qu'il s'agit d'une sorte de "référence" en Espagne peut en arriver à commettre pareille boulette. Comment peut-on encore mettre sur un piédestal un homme qui a tant de casseroles au cul et sur lequel même le très flegmatique Institute of Masters of Wine a lancé une enquête? La première réponse, c'est qu'on l'a fait par conformisme.
Le conformisme est, je crois, une des caractéristiques majeurs du Mondovino espagnol; on évite de se poser des questions. C'est ainsi, je crois, que beaucoup sont tombés dans les filets de Pancho Campo MW. On reproche souvent aux vignerons français de ne pas s'intéresser à ce qui se passe ailleurs, franchement, c'est bien pire Outre-Pyrénées. Du coup, on essaye rarement d'explorer des voies nouvelles, et c'est bien dommage (cf. l'article sur Olivier Rivière il y a deux jours). Le conformisme est partout: "Parker a dit…", "Pancho MW a dit…", surtout se garder de penser par soi-même, rester près du radiateur, du bon côté du manche, qui à renoncer à une culture bi-millénaire! Et ça ne concerne pas que les vignerons, loin s'en faut! Je pense notamment à ces sommeliers-godillots, caisses enregistreuses de vins dont la grandeur se paye au poids de la bouteille. Heureusement quelques exceptions commencent à émerger, mais si rares. Et je pense évidemment à cette "presse du vin" dont le cas Verema est une humoristique illustration, une presse trop souvent habituée au traditionnel "sujet-verbe-compliment", fréquemment aux abonnés absents quand il s'agit de faire avancer les choses. Que voulez-vous, en Espagne comme ailleurs, on a la presse qu'on mérite… Le prix à payer pour tant de renoncements est pourtant connu de tous: le perte totale de crédibilité.
Avec de tels prescripteurs, on voit mal comment ce mundillo n'irait pas droit dans le mur. Même si la crise économique frappe durement le pays (grâce aux frasques d'autres mundillos…), il est difficile de ne pas faire un parallèle entre la déliquescence évoquée plus haut et les derniers chiffres de la consommation de vin locale (non encore définitifs), publiés justement sur le site Verema: ils sont catastrophiques. Quel dégoût! Malgré tous les efforts consentis par Pancho Campo, sa Wine Academy et tous leurs amis pour "éduquer" l'Espagne au vin… Caramba, encore raté!

Commentaires

  1. Vincent, les nomines aux prix verema sont choisis par les internautes, pas par les propietaires de la web. Moi meme j'ai vote par Pancho! je ne vois pas quelq'un dans le monde du vin espagnol de qui on a parle plus, partout dans le monde...

    Et verifie le, la page pour voter est encore active

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je sais tout ça, Javier, ça rend les choses encore plus drôles et ça n'empêche pas ceux qui appellent au vote d'avoir un réflexe salutaire de "censure"… Mais surtout, on sait aussi comment se "travaillent" ces votes…

      Supprimer
  2. Il me semble que tu ne connaises pas du tout Verema. Verema n'a rien a voir avec la presse, elle est faite par ses participants (moi entre eux). Et sut tout ces votes ne sont pas du tout "travailles".
    D'outre part, je crois que c'est la premiere fois que quelq'un defends la censure sur verema. Les proprietaires (on les appelle trajeados) seront contents d'entendre ca, car ils ont ete souvent critiques pour supprimer messages "incorrectes".

    RépondreSupprimer
  3. Encore une fois, j'évoque le mal ambiant: le conformisme. Et malheureusement, cela ne concerne pas que la presse traditionnelle mais aussi les nouveaux medias, les sommeliers-godillots, etc… Pour ce qui est des votes "travaillés", je ne pense pas à Verema, bien sûr. Bref, tout est dit ci-dessus jusqu'au résultat de cette situation (entre autres): la perte de crédibilité et la gigantesque désaffection des consommateurs. Il est quand même incroyable qu'on boive moins de vin en Espagne qu'en Grande-Bretagne, non?

    RépondreSupprimer
  4. Javier, les internautes votent mais c'est bien les propriétaires qui proposent un choix, dont celui pour nième année consécutive de faire entrer Pancho Campo dans cette liste.
    Il y a des rapports d'amitiés mais aussi professionnels entre verema et Pancho Campo et l'on pourrait multiplier les exemples de défense de la part de Jaime Jimenez, Paco Higón ou Jose Contreras, sur Facebook ou sur les forums de Verema, quand on s'est attaqué à Pancho Campo. Et ne nous leurrons pas, le verema d'aujourd'hui est moins bucolique et à vocation plus lucrative (et c'est normal et il n'y a rien de mal à ça) que le verema des débuts il y a plus de 10 ans (que je n'ai pas connu mais dont des "veremistes" de la première heure m'ont beaucoup parlé). Verema est fait par les veremistes, mais ce ne sont pas les veremistes qui le font vivre je crois? Verema est aussi un marchand de vin, une entreprise qui doit aussi vivre
    Donc je comprends le sens du post de Vincent et la demande d'un peu plus de cohérence dans tout ça.
    En faisant le choix de parler encore de Pancho Campo après toute cette histoire aux retombées judiciaires à venir, on remet un coup de projecteur sur un certain système. Si on avait fait le choix de parler par exemple de Maria José Lopez de Heredia, de Peter Sisseck, de Ricardo Perez Palacios, de Miguel Torres et de tant d'autres, on aurait délibérément choisi de mettre l'accent sur une certaine idée de la culture du vin, du maintien des traditions (Lopez de Heredia), de la préoccupation pour la recherche de l'excellence et de la valorisation du travail paysan et son intégration dans un projet qui cherche à fermer le cycle (Sisseck et Perez), un réel souci de l'impact de cette activité sur l'environnement (Torres) ... mais ça n'a pas été le cas. D'où la déception !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Qu'écrire de plus que ce qu'a écrit Dominique Roujou de Boubée, tout est dit; j'avais été allusif, il est précis.
      Si, en fait, il y a une chose à dire de plus, c'est que sur ce dossier du Jumillagate, j'avais constaté un singulier manque de clairvoyance et surtout de cojones dans le Mondovino espagnol; Dominique, lui, se pose en exception qui confirme la règle.

      Supprimer

Enregistrer un commentaire

Articles les plus consultés