Le Minervois, ce n'est pas que du vent!


En déjeunant, la semaine dernière, dans une guinguette du bord du Canal du Midi, je suis tombé sur une publicité vantant les vins du Minervois. Elle "ornait", si l'on peut dire, le menu de ce gentil grilladin d'Argens (dont la carte des vins n'accordait d'ailleurs qu'une ligne aux crus en question…). Je vous fais grâce du blabla commercial qui accompagnait cette réclame (ci-dessous), faisant de l'exposition au vent de ce vignoble un élément distinctif alors même qu'il s'agit d'une caractéristique commune à presque toutes les appellations du Languedoc-Roussillon et du Sud de la Vallée du Rhône. Je vous épargne aussi le fait que cette thématique a déjà été amplement utilisée dans cette région et depuis de nombreuses années (y compris par votre serviteur). Panne d'idées? Manque de coke? Les créatifs parisiens qui ont pondu cette campagne géniale auraient pu faire preuve d'un léger surplus d'originalité.


Moi, au delà du (faible) poids des mots, ce qui m'a choqué dans cette réclame, c'est l'absolue platitude de la photo. Quelques pauvres vignes nazes, avec leur vilains piquets grisâtres, qui semblent attendre la brutalité de la machine à vendanger, un relief aussi bandant que celui de la Beauce que tente de ranimer de façon pathétique un cyprès assez peu suggestif. Rien en tout cas, pas un milligramme de cet incroyable charme des montagnes et des vallons du Minervois, de ses villages coquets, de ses marchés colorés, de ses campagnes* élégantes, si prisées des Anglais. Comme si les autorités kolkhoziennes en pantacourts et gourmettes en or, avec l'entremise de leurs scribes, avaient voulu exterminer, éradiquer le beauté de ce coin du Languedoc.
Rassurez-vous, je ne vais pas réouvrir ici le débat de la médiocrité de la communication de la plupart des syndicats et interprofessions sensés prendre en charge la destinée des vignerons, moquer une fois encore leurs pubs qui donnent envie de boire de l'eau. Un billet n'y suffirait pas, il faudrait un livre en vingt tomes. Si, juste pour le fun, allez lire le papier de mon camarade Michel Smith sur cette bande dessinée promotionnelle dont la ringardise m'a fait pleurer de rire!


Plus sérieusement, afin de raisonner de façon positive, pour regarder devant et tenter d'éclairer la lanternes des créatifs parisiens et de leurs commanditaires, j'ai envie, sans jouer le DA, de donner mon avis (peu autorisé) sur la question.
Déjà, on pourrait essayer d'entrevoir, d'envisager le monde du vin d'aujourd'hui (nous ne sommes plus dans les années 90), comprendre ses codes, ses tendances. Peut-être faudrait-il aussi s'extraire quelques instants de l'univers visuel des zones pavillonaires et commerciales. Et, c'est tellement facile en Minervois, partir à la rencontre de la beauté, de ce charme qui fascine tant de visiteurs étrangers et auquel tant de responsables locaux semblent insensibles**.


Et là, pour ce stage détox de la laideur, cette rééducation par le beau, pour se convaincre, puisqu'apparemment il en est besoin que le Minervois, c'est bien plus charmant en vrai que dans la pub, je conseille à tout ce petit monde de grimper, entre Paraza et Pouzols, dans un de ces domaines qui font le charme, la classe de cette région du Languedoc. Dès le panneau, à mi-côte, le ton est donné. "LE VIALA", un calligraphie simple, nette, lisible plantée sur un piquet de forgeron. Nous allons chez des gens de goût, pas dans un de ces pseudo-châteaux chichiteux avec fausses colonnes de péplum et piscine trop voyante.


S'il y a un mot qui vient à l'esprit en visitant Le Viala, c'est "respect". Le respect de Régis Cogranne et de son épouse la céramiste Thalia Reventlow pour cette terre et pour son patrimoine. Respect, ce mot sacré, notez-le dans votre rapport de stage, messieurs les communicateurs et les présidents. Autour de cette maison "à l'intérieur de laquelle poussait un figuier", de cette maison sauvée pierre par pierre, ranimée, Régis Cogranne a planté des milliers d'arbres. Des cyprès notamment, le cyprès, vous savez, cette arbre aristocratique que les beaufs arrachent et que les gens distingués vénèrent. Mais aussi  des oliviers, des micocouliers, des chênes verts, des frênes, des pistachiers, des arbousiers... Vingt-cinq mille en tout!


Tentez le coup, messieurs les stagiaires, et vous tous, chers lecteurs, que je sens plus sensibles au charme de ce lieu. Passez un coup de fil à Régis Cogranne au 04 68 43 24 48, montez au Viala pour acheter quelques bouteilles ou quelques caisses et faîtes-vous inviter à goûter le vin sous la tonnelle de la vieille ferme aux volets rouges, à deux pas de cette cuisine dont j'allumerais bien le four. Goûtez le vin, notamment cette cuvée ornée de Saint-Michel terrassant le dragon, j'ai aimé la fraîcheur, la trame et la franche distinction du 2010, un vin de coteau nord qui ne cherche absolument pas à âtre le premier de la classe, tourne le dos au populisme, au clinquant, au vulgaire. Ça aussi, il faudra que ça figure dans le rapport de stage…


Et comme le Minervois, contrairement à ce que peut laisser penser l'esthétique de ses réclames, est une terre de culture, de finesse, laissez-vous aller à la discussion avec le maître de maison. Vous parlerez de vin, de tracteurs, de politique, n'ayez pas peur, il a du fond cet ancien imprimeur et il raconte mieux l'amour du pays que plein de pages de papier glacé. Montez aussi visiter l'atelier de Thalia Reventlow, découvrez ses incroyables lampes de porcelaine blanche. Embrassez, à 360°, l'horizon de cette tour de contrôle qu'est Le Viala. Vous verrez, le Minervois, ce n'est pas plat. Et, surtout, ce pourrait être la conclusion du rapport de stage, ce n'est pas que du vent!



* Comprenez ici le mot campagne au sens nord-languedocien ou provençal, celui d'une ferme, d'un mas ou d'une propriété isolée.
** oubliant au passage de protéger activement cette beauté.


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