Décadent…


J'adore ce mot. En francais bien sûr. Je le trouve tellement éloigné de sa pauvre mère la décadence qu'on sent réservée aux aigris et aux empires qui n'en sont plus mais ne le savent pas encore. "Décadent", j'y vois de la musique, une torpeur aussi, une évidente lascivité, des vagues par lesquelles on se laisse porter.
"Decadent", en anglais, c'est bien aussi. Tout dépend du moment. À l'heure du thé, on peut, sans effroi apparent, entendre trembloter la petite cuillère de vermeil sur le rebord de la soucoupe. Le rock n' roll frappe à la porte. Mais c'est en américain que ce mot me plaît davantage, quand on l'applique au vin. Il prend alors une dimension hédoniste, gourmande, flamboyante, à laquelle, comme à la tentation, je ne résiste jamais. "A decadent wine"…
"Decadent", parlons-en. En musique, pourquoi pas, voici déjà la bande-son*. Pas vraiment décadente, mais son côté californian sex très seventies bercera agréablement ces quelques lignes. Et permettra à ceux qui ont problème avec la fesse** ou leurs affaires sexuelles de ricaner ou de s'émouvoir, si ça peut soulager leur tristesse et leurs frustrations…



"Decadent", c'est exactement ce que j'ai pensé quand elle m'a versé ce jus clair dans le verre. Ce parfum de fleur rendu presque capiteux par la chaleur, un soir d'août, à l'heure bleue. Un nez assez "nature"*** où la fleur appelle le fruit, où l'on a déjà un peu l'impression de "sentir" le fruit, la bergamote (celle de L'Heure Bleue). Et évidemment, lascive, s'offre une bouche à l'unisson, gourmande, "too much" diront les coincés du cul. Ils n'ont qu'à écouter la bande-son, ça les détendra…
Santa Rita Hill "Appellation", c'est a priori du pinot noir. Tendance langoureux, mais sans bois neuf, "0%" précise fièrement la fiche technique du Domaine de La Côte. Du pinot, pourtant, face à tant d'opulence, à cette débauche de chair, on en viendrait presque à soupçonner une pointe de syrah. "Terroir à syrah" me précise la spécialiste. Les pinots bourguignons ressembleront peut-être à ça dans quelques dizaines d'années quand le climat se sera réchauffé?


S'agit-il d'un vin "distingué", "élégant", comme disent les vieux? Peut-être pas mais en même temps, il faut vraiment que la bouteille soit finie pour qu'on arrête d'en boire. Éternel problème de la luxure…
Logiquement, l'amateur de culture française que je demeure, avec ses codes, cet espèce de quant-à-soi qui interdit l'exubérance (forcément vulgaire), devrait y prendre un plaisir sinon coupable, au moins gêné. J'avais évoqué cette sensation dans une nouvelle, il y a des années, à propos justement d'une autre vin californien, d'un zinfandel, lisez, c'était ici.
Aucune culpabilité pourtant. Aucune gêne. On lâche la rampe. C'est juste bon, vicieusement bon. Sexy. "Decadent".




* Elle est signée du beatmaker Drixxé. Toutes les infos au bout de ce lien. Biquet, il te faut absolument ça cet été!
** Tiens, à propos de problème avec la fesse (le jeu de mot de prof de gym, fesse-bouc est tentant…), vous avez vu que notre bonne vieille Justice française est en train de tenir tête aux puritains de Facebook qui peut-être ne pourront plus venir faire leur loi dans notre libido? Tout est expliqué ici, dans Le Monde.
*** Le domaine est bio, pour le reste, sa philosophie est "add nothing; take nothing away".


Commentaires

  1. Qu'est ce que c'est que ce Pinot noir californien à 12,5 ?!?
    J'en connais qui diraient : "Y'a un schisme...".
    Mais où ?...

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  2. Fucking good music.....


    Tom B.

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