Hamburger et droit de suite.


La régularité. Ou, plutôt, l'absence de régularité. En restauration, c'est une plaie. Et d'autant plus à Barcelone où l'envie de plumer le touriste vite-fait mal-fait le dispute à une certaine désinvolture méditerranéenne. Combien de fois sortez-vous ravi d'un restaurant tout nouveau tout beau pour le quitter en pétard la fois suivante?


Ce genre de déconvenue m'agace davantage encore quand ce restaurant, je l'ai conseillé. À vous, chers lecteurs, mais aussi à des amis de passage. L'autre soir, un important marchand de vin s'offrait une journée de vacances, avec son fils, dans la capitale catalane. Nous prenons un joli apéritif, fondé sur des valeurs sûres (pâté landais + Rachais 2006 de Boulard) et nous vient bien évidemment l'idée de casser une graine. Le bougnat s'est fait une belle table à midi (la meilleure de l'Eixample, Gresca) et son fils, adolescent, a envie de quelque chose de plus fun qu'un gastro en nappe blanche. Qu'à cela ne tienne, j'ai la solution: "ça te dirait un hamburger?" Mine consternée de son père dont le sang aveyronnais ne fait qu'un tour. "Non, mais un bon hamburger, avec de la vraie viande, du bœuf de Galice. Et des frites faites avec les patates du jardin d'un chef que tu connais!"


Le temps de saluer la belle Santa María del Mar, nous voici Plà del Palau, devant Sagàs, ce fast-food dont je vous avais parlé il y a un peu moins d'un an. Pas grand monde, ce qui m'étonne dans ce quartier éminemment touristique. Accueil désagréable par une ex-bimbo qui, alors que mon camarade pinardier fait l'effort de bien articuler son espagnol, s'acharne à lui répondre en patois. C'est d'autant plus connaud que, je le saurai par la suite, la dame est sud-américaine… Peu importe, on commande, malgré la carte qu'on nous tend, elle aussi rédigée en langue folklorique. Le classique de la maison, le hamburger escorté de ses patatas bravas de compétition. Je précise bien à la loufiate que nous le souhaitons bleu, j'insiste, elle est à deux doigts de me rire au nez sur l'air de "on connait notre métier".
Vingt-cinq minutes plus tard, c'est long pour faire griller de la viande hachée, arrivent les trois hamburgers. Le mien est rosé, celui de mes deux compagnons d'infortune, archi-cuit, tendance semelle, à la mode espagnole des années soixante. Arrivent en même temps les pommes de terre, la portion a apparemment subi une cure d'amaigrissement. Le marchand de vin, qui au restaurant connait aussi la musique, proteste. On le rabroue. Nous partons.


On me dira que je suis tombé le mauvais soir, que la Sud-Américaine avait un problème avec la lune, que le cuistot s'était fait plaqué par sa nana, etc, etc. Le problème, c'est qu'entre-temps, j'ai fait ma petite enquête, et que plusieurs mangeurs de confiance sont allés ces derniers mois à Sagàs. Et que tous ont été déçus. Par l'assiette et par le service. Comme eux, je ne re-foutrai plus jamais les pieds dans cet endroit, considérez ma chronique précédente comme nulle et non avenue, je vous prie de m'excuser*. En journalisme, il faut toujours interroger le présent avec l'éclairage du passé, on appelle ça le droit de suite. Dont acte.


* En revanche, je confirme cette autre adresse barcelonaise, près de la gare de Sants.

Commentaires

  1. Merci ! J'ai failli y aller... sur tes conseils précédents !

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  2. je raye...par contre 3 fois que j'essaye d'aller à la cova fumada..fermé à chaque fois...

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    1. La Cova, il faut regarder les horaires (qui sont plus "français" qu'"espagnols") afficher sur le minuscule panonceau en haut de la porte. Ça se mérite…

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  3. Bonjour Vincent,

    Je découvre ce blog et je me suis permis de fouiner dans les "vieux" articles. Merci de ton conseil concernant SAGAS, ce resto figurait effectivement sur ma liste "à faire".
    Je te conseille un truc qui ne paye pas de mine, dans le quartier barcelonais de Sants www.santaburg.com. Idem, cela fait quelques mois que j'y suis allé, espérons qu'il ait tenu la route.

    Juste un commentaire. A titre perso, étant Moitié français moitié espagnol, j'ai apprécié moyennement la référence au catalan comme patois ou langue folklorique.... Totalement ridicule de s'acharner à parler catalan à 2 touristes, surtout venant d'une serveuse "extra-communautaire", je te l'accorde. Mais de là à taper gratuitement sur le catalan...

    Bref, bon blog, je le garde dans mes favoris section gastro.

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    1. Bonjour Christian,
      Santa Burg, c'est ici: http://ideesliquidesetsolides.blogspot.com.es/2012/11/la-sainte-des-saints-la-santa-de-sants.html

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