Au-dessous du Volcan.


Nous ne sommes pas à Quauhnahuac, ni même à Cuernavaca. Mais il règne la même atmosphère lourde, un silence assourdissant dans les ruelles désertes, peintes de haines recuites de ce vieux quartier de Béziers. On oublie à quel point cette ville peut être belle, plus provençale peut-être que languedocienne, mistralienne à l'image de ce poète libre qui mourut bigot, célébré par les cafards, jusqu'au premier d'entre eux, l'apôtre sénile de la "Révolution nationale".
Plus qu'à Pétain, c'est à Doriot qu'on pense au pied de l'hôtel de ville ostentatoirement drapé de tricolore*, à un Doriot "qui aurait vu la vierge" mais tout aussi épris de provocation que l'original. Plus encore que la politique, c'est l'agitation qui anime l'élu local, l'agit' prop'. 


L'agitation, en revanche, il n'y en a aucune en ce samedi soir biterrois qui paraît davantage un lundi. Souvenir de fortunes flétries, les façades altières laissent libre-cours à leurs rides. L'acropole semble vidée de ses habitants, aphone. Seul un chanteur en pré-retraite s'époumone à massacrer un tube dégoulinant d'Adamo, confirmant l'esthétique "chauffeur de taxi des années soixante", le style Guy Lux, Intervilles, entretenue par le taulier municipal.


Pourtant, malgré ça, Béziers vit. Si certains ont enclenché la machine à remonter le (mauvais) temps, d'autres entreprennent, bâtissent, espèrent.
Avant de déboucher un coup de rouge et de passer à table, j'ai d'ailleurs envie de vous parler de bière, de la brasserie artisanale (mais professionnelle), bio, qui a ouvert ses portes cette année. Alaryk, dont nous avons adoré, au début des vacances, la brune. L'intéressante particularité de cette bière, c'est qu'elle est également disponible à la pression, indispensable complément de la bouteille.


L'autre établissement de boisson dont on parle ces temps-ci à Béziers, c'est le Pas comme les autres, une ancienne crémerie installée juste à côté du parking des Halles. Le style est plus naturiste que l'universel Chameau ivre de Philippe Catusse, mais on n'y vend pas pour autant n'importe quoi. Romain Henry-Niesse veut des vins droits, loin des caricatures vinaigrées qui font parfois les délices des milieux branchouilles, à Paris notamment. Dans cette ville triste, on y entre comme on aborderait une île en plein océan, une oasis dans le désert.


Je ne vais pas aller jusqu'à écrire que la promo des vins d'ici signé Bébert Ménard** donne envie d'aller envie de boire ailleurs, mais un peu quand même. Donc, sans bouger de notre table de la terrasse de Pas comme les autres, nous avons pris l'A75, passé le Pas de l'Escalette, traversé le Larzac, grimpé le Cantal, glissé vers Brioude, passé Clermont et ses malheureux jaunards pour atterrir à Volvic, au dessous du volcan.
Nous voici, sur granite et sables feldspathiques, dans un autre pays du gamay, où ce cépage prend des expressions rares, et un côté frétillant pas toujours évident en Beaujolais, idéal sur notre bocal de tripous. Très belle découverte que ces rouges de Vincent Marie, à l'opposé de trop de gamays "banane", nature ou pas, dévorés par la technologie envahissante de la macération carbonique. Des vins tenus mais gais, pleins d'esprit. Un peu à l'inverse de l'ambiance qui règne à Béziers.




* Entendons-nous bien, je n'ai aucun problème avec le bleu-blanc-rouge devant lequel je me mettais au garde-à-vous alors que le maire de cette ville agitait encore le drapeau rouge des trostkards…
** Cette communication piche, j'en parlais ici.




Commentaires

  1. Renseignements pris, il paraît que ce samedi soir là les dîneurs biterrois étaient de sorties sur les plages, plusieurs guinguettes ayant décidé de célébrer leur fermeture, la fin de saison. Je te rassure, Béziers compte plus de bonnes adresses que Perpignan. Et les gens me paraissent plus accueillants, à l'mage de Romain et de sa merveilleuse tranche de lard servie à l'apéro ! Rien que d'y penser, j'en ai l'eau à la bouche !

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    1. Il devrait vraiment y avoir beaucoup beaucoup de monde dans les paillotes, Michel, parce que les rues et les restaurants de Béziers étaient vraiment déserts. On me souffle d'ailleurs dans l'oreillette que la Feria selon Bébert, avec gratte-Jésus incorporés, n'a pas connu un succès historique…

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  2. Ah ! Les vins d'Auvergne ! Si vous êtes encore dans la région, passez voir Benoît Montel à Riom, Pierre Goigoux à Châteaugay ou, plus au Nord, le domaine Grosbot-Barbara et la Famille Laurent à St Pourcain ! De belles découvertes dans une belle région !
    Loïc, caviste et Auvergnat d'adoption.

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  3. Deux choses.
    - Ya longtemps que j'ai plus vu passer de gamay-banane en Beaujolais,
    - La précision de bas de page a son importance, on pourrait te croire enrôlé dans des rangs qui ne sont pas de ton rang.

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    1. – des gamays marqués par l'acétate d'isoamyle, malheureusement on en rencontre encore pas mal, et notamment au troisième jeudi de novembre.

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    2. Toujours lire les notes de bas de page. Mais c'est vrai que je n'aime pas trop les pieds plats qui jouent aux petits soldats.

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    3. D'accord avec Maître Nicolas : des Gamay banane, je n'en ai jamais bus...en Auvergne. Du coup, j'adore les Gamay auvergnats, reflets de ce qu'est vraiment ce cépage. Et les Pinot itou (Guillaume va encore m'incendier, j'apprécie un Pinot non bourguignon). Le Bougnat.

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    4. Oui, en Auvergne, mais pas le troisième jeudi de novembre comme écrit ci-dessus.

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    5. Caramba ! J'irai au lendemain du second mais avant le troisième. Impossible de vérifier. Je mettrai mes indic. locaux sur le coup.

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  4. Bien que mes pas m'aient amenés à vivre sous d'autres cieux depuis bien longtemps, à chaque retour au pays, le constat est le même, aussi navrant que consternant... Et en écho, une question, d'une pauvreté affligeante: comment en es-t-on arrivé là ? Evidemment chacun ira de sa diatribe pour expliquer le mal, désigner les responsables... En attendant, un petit cul-bénie identitaire continue, lui, de vociférer son venin et un voile obscur se pose lentement sur Biterre... Vincent, votre impression de cité fantôme n'est pas le fruit d'un quelconque aléa calendaire causé par la fermeture de guinguettes valrassiennes, non... Béziers se dessèche et s'arc-boute sur elle-même... et ce ne sont pas les quelques animations mensuelles sur la Citadelle qui changeront la donne en profondeur.
    L'espoir viendra alors peut-être de ceux que vous citez dans votre billet, comme une forme de résistance, une façon de ne pas laisser les esprits décrépir dans les eaux saumâtres de la peur et du désespoir.
    Juan

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  5. Vincent, ce matin j'ai mis en ligne sur mon blog un article intitulé comme le votre. N'y voyez aucun plagiat. Simple coïncidence ou croisement d'esprit. Allez savoir. A moins que mon titre vous ai inspiré ? J'en serai flatté mais j'en doute. On dira que la littérature est inspirante. A bientôt. Bernard vigneron indépendant au dessous du volcan de Cadablès.

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